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Relancer un prospect qui ne répond pas quand on dirige une TPE

Delphine Ducarme10 min de lecture
Une personne en costume passe un appel téléphonique dans la rue

Un devis part un mardi. La conversation avait été bonne, le besoin était clair, le chiffrage tient sur une page. Le vendredi, rien. La semaine suivante, vous envoyez un courriel poli qui dit « je reviens vers vous ». Toujours rien. Dix jours plus tard, vous appelez, vous tombez sur une messagerie, vous ne laissez pas de message parce que vous ne savez pas quoi y dire. Et le dossier glisse tout seul en bas de la pile. Pas de refus, pas de décision, pas de conclusion. Juste un silence qui finit par ressembler à un non.

Cette scène se rejoue chaque semaine dans la plupart des très petites entreprises. Et à chaque fois, le dirigeant se dit la même chose : il faudrait que je sois plus tenace. C’est presque toujours une erreur de diagnostic. Le problème n’est pas votre caractère. Le problème, c’est qu’aucune date n’est inscrite nulle part, et que vous n’avez rien de neuf à dire quand vous décrochez le téléphone.

Pourquoi la plupart des relances s’arrêtent à la deuxième

La première relance est facile. Elle suit l’envoi du devis de quelques jours, elle est attendue, elle ne coûte rien. La deuxième passe encore : on invoque les vacances, la charge de travail, le fait que la personne a sûrement d’autres priorités. La troisième est celle qui bloque. À ce stade, la plupart des dirigeants n’ont plus rien à dire. Répéter « je me permets de revenir vers vous » une troisième fois donne l’impression désagréable de quémander. Alors on n’appelle pas. Et le dossier meurt sans que personne ne l’ait tué.

Il y a une deuxième raison, plus mécanique. Dans une entreprise de six personnes, personne ne tient l’agenda des relances. Le dirigeant fait la production, les devis, la paie, le service après-vente et parfois la livraison. Il relance ce qu’il a en tête le jour où il y pense. Or ce qu’il a en tête, ce sont les gros dossiers et les clients récents. Le prospect tiède rencontré il y a trois semaines n’a aucune chance de remonter à la surface tout seul. Ce n’est pas un manque de discipline, c’est un défaut d’outillage, même très simple.

Enfin, il faut lire le silence pour ce qu’il est. Un prospect qui ne répond pas ne vous dit pas non. Il vous dit que votre sujet n’était pas dans ses trois urgences de la semaine. Un gérant de restaurant qui reçoit votre proposition la veille d’un contrôle d’hygiène ne vous répondra pas, quelle que soit la qualité de votre offre. Trois semaines plus tard, le contexte a changé. Encore faut-il être là à ce moment-là.

Relancer, ce n’est pas dire « je reviens vers vous »

Voilà la distinction qui change tout. Une relance qui se contente de signaler votre existence renvoie au prospect la totalité de l’effort. Elle lui demande de rouvrir le dossier, de se souvenir du contexte, de reprendre seul le raisonnement, et de trancher. C’est beaucoup pour un message de quatre lignes. Une relance qui apporte un élément neuf fait le contraire : elle avance d’un pas à sa place.

Une relance sans nouveauté demande au prospect de refaire seul tout le travail de décision.

L’élément neuf n’a pas besoin d’être spectaculaire. Il doit simplement être utile à la personne en face. Quelques raisons d’appeler qui tiennent debout :

  • Un cas comparable. « Nous venons de faire la même chose pour un menuisier de Marguerittes, voici comment ça s’est passé. »
  • Une simplification de l’offre. Vous découpez le devis en deux lots pour permettre de démarrer petit.
  • Une échéance réelle, jamais inventée. Une disponibilité d’atelier en octobre, un tarif valable jusqu’à telle date, un créneau de formation qui se remplit.
  • Une information sectorielle qui la concerne directement, même si elle ne vous fait pas vendre.
  • Une question précise plutôt qu’une question ouverte. « Est-ce que le sujet est reporté à l’an prochain, ou est-ce qu’il est simplement en attente d’un arbitrage ? » se répond en une ligne. « Où en êtes-vous ? » ne se répond pas.

Cette matière ne s’improvise pas le jour de l’appel. Elle se prépare en amont, au moment même du premier contact, quand vous notez ce que la personne a dit de sa situation. C’est exactement ce que travaille notre module Prospecter et entrer en contact : ce qu’on écoute au premier échange détermine ce qu’on aura à dire au troisième.

Une séquence simple sur trois à quatre semaines

Une séquence, c’est une suite de points de contact décidés à l’avance, avec un canal et une intention pour chacun. On la construit une fois, on la réutilise. L’intérêt n’est pas de robotiser la relation : c’est de ne plus avoir à décider, chaque matin, qui appeler et pourquoi.

Le squelette

  1. Jour 0. Envoi de la proposition, par courriel, avec une phrase qui annonce la suite : « je vous rappelle jeudi en fin de matinée, sauf contre-ordre de votre part ». Vous venez de rendre votre relance légitime.
  2. Jour 3. Appel court, à l’heure annoncée. Objectif : vérifier que le document est arrivé et qu’il est lisible. Rien de plus.
  3. Jour 10. Deuxième contact, autre canal. Un message professionnel écrit, qui apporte le cas comparable ou la simplification préparée.
  4. Jour 18. Appel, avec la question précise. Si vous tombez sur la messagerie, laissez un message de vingt secondes qui contient l’information neuve, pas seulement votre nom.
  5. Jour 25 à 30. Message de clôture, par courriel. On y revient plus bas, c’est le plus important de la série.

Quatre à cinq contacts sur un mois, c’est tenable pour vous et supportable pour le prospect. Deux contacts, c’est trop peu pour laisser une trace. Huit contacts en dix jours, c’est de l’insistance, et cela produit exactement l’effet inverse de celui recherché.

Pourquoi alterner les canaux

Chaque canal a son défaut. Le téléphone dérange quand il tombe mal, mais c’est le seul qui permette une vraie conversation. Le courriel laisse une trace écrite et se relit au calme, mais il se noie dans une boîte pleine. Le message professionnel écrit, sur un réseau, arrive dans un contexte moins encombré et se lit souvent le soir, mais il ne convient pas aux sujets sérieux détaillés. Alterner, ce n’est pas multiplier les tentatives : c’est augmenter la probabilité qu’au moins une arrive au bon moment, sur le support que cette personne consulte réellement.

Un point d’attention : n’utilisez jamais deux canaux le même jour pour le même message. Un courriel le matin et un appel l’après-midi, c’est perçu comme de la pression, même avec les meilleures intentions.

Quoi noter, et où, quand on n’a pas de logiciel

Un tableur suffit largement pour commencer, et souvent bien au-delà. Beaucoup de très petites entreprises s’équipent d’un outil sophistiqué qu’elles cessent d’alimenter au bout de six semaines. Un fichier tenu vaut mieux qu’un logiciel abandonné.

Une ligne par prospect, et sept colonnes qui suffisent :

  • Entreprise et personne rencontrée.
  • Date et nature du premier contact.
  • Le besoin, dans les mots de la personne, pas dans les vôtres.
  • Montant approximatif et échéance annoncée.
  • Historique des contacts, une ligne par contact, canal compris.
  • Prochaine action, formulée comme un acte : « appeler pour proposer le lot 1 ».
  • Date de cette prochaine action.

Les deux dernières colonnes portent toute la valeur du fichier. Une ligne sans date de prochaine action est une ligne morte. Si vous n’avez le courage de tenir qu’une seule chose, tenez celle-là. Ensuite, une seule habitude : le lundi matin, vous triez le tableur par date, et vous traitez ce qui est échu. Vingt minutes, une fois par semaine. C’est le prix réel de la chose, et c’est un prix honnête.

Savoir clore proprement, et le dire

Au bout d’un mois sans aucune réponse, arrêtez. Mais arrêtez explicitement, par un dernier message court et sans reproche. Quelque chose comme : « Je n’ai pas de retour de votre côté, j’en déduis que le sujet n’est pas d’actualité. Je classe le dossier et je ne vous relancerai plus. Si les choses changent, ma proposition reste valable, vous savez où me joindre. »

Ce message a trois vertus. Il vous libère : le dossier sort de votre tête et de votre liste, ce qui n’est pas rien quand on porte tout seul le commercial. Il respecte la personne, qui n’a plus à s’excuser de son silence. Et il fait parfois répondre, non pas par un procédé, mais parce qu’une échéance nette oblige à trancher. Un cabinet comptable qui vous répond « attendez, non, rappelez-moi en janvier » vient de vous donner l’information que vous cherchiez depuis un mois.

Clore ne veut pas dire supprimer. Gardez la ligne dans le tableur, avec une date de réveil à six mois. Le contexte d’une entreprise change plus vite qu’on ne le croit.

Les erreurs qui coûtent le plus

Certaines sont si répandues qu’elles passent pour des habitudes normales.

  • Relancer sans échéance. Terminer un échange par « je vous relance » sans dire quand, c’est ne rien engager du tout. Annoncez le jour, et tenez-le.
  • Relancer tout le monde de la même façon. Un dossier à quarante mille euros et une demande à huit cents euros ne méritent ni le même nombre de contacts ni le même soin. Sans tri, vous consacrez vos meilleures heures aux plus petits dossiers, simplement parce qu’ils sont plus faciles à traiter.
  • Confondre relance et pression. Le rythme, le ton et la répétition trahissent immédiatement l’inquiétude du vendeur. Un prospect qui sent que vous avez besoin de cette vente ne se sent pas aidé, il se sent visé.
  • Relancer par vagues d’humeur. Trois jours de relances frénétiques après un mois de calme plat, cela se voit de l’extérieur. La régularité vaut mieux que l’intensité.
  • Relancer la mauvaise personne. Si votre interlocuteur ne décide pas, dix relances ne changeront rien. Demandez tôt, poliment, qui d’autre sera associé à la décision.
  • Ne rien noter. Une conversation non écrite est perdue en quinze jours. Vous rappellerez alors sans savoir ce qui avait été dit, et cela s’entend.

Il faut aussi accepter une limite. Une séquence bien construite ne transforme pas un mauvais dossier en bon dossier. Si le besoin n’existait pas, si le budget n’existait pas, si la personne écoutait par politesse, aucune organisation ne le rattrapera. La relance sert à ne pas perdre les affaires qui étaient réellement là. C’est déjà considérable.


Par où commencer cette semaine

  1. Ouvrez un tableur et listez tous les devis partis depuis trois mois et restés sans réponse. La liste sera plus longue que prévu.
  2. Pour chacun, écrivez une prochaine action et une date. Si vous ne trouvez aucune raison d’appeler, c’est le signal : ce dossier part en clôture.
  3. Envoyez dès cette semaine les messages de clôture aux dossiers les plus anciens. Vous allez alléger la liste et, probablement, récupérer une ou deux réponses.
  4. Écrivez votre séquence type sur une demi-page : quatre contacts, les canaux, l’intention de chacun. Rangez-la à côté du tableur.
  5. Bloquez vingt minutes le lundi matin dans votre agenda, toutes les semaines, intitulées « relances ». C’est ce rendez-vous avec vous-même qui fera la différence, pas la motivation.

Si vous voulez travailler ces réflexes avec quelqu’un plutôt que seul devant votre tableur, la famille Efficacité commerciale réunit nos modules courts sur la prise de contact, la conduite d’un échange de vente et le suivi des affaires. L’ensemble de l’offre est visible sur la page nos formations, et vous pouvez nous contacter pour parler de votre situation avant de choisir quoi que ce soit.

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