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Data et pilotage

Note de conjoncture : la lire pour ne plus recruter dans l'urgence

Dans les petites entreprises, on recrute souvent trop tard, et dans l'urgence. La note de conjoncture de votre région, gratuite et trimestrielle, aide à prévoir vos besoins à deux ou trois ans. Où la trouver, les trois indicateurs à lire, et la page qui transforme la lecture en décision.

Delphine Ducarme14 min de lecture

Une boussole ouverte posée sur une carte

Quand faut-il embaucher ? Quand l’équipe ne suit plus ? Quand un gros client signe ? Quand le carnet de commandes déborde depuis trois mois ?

Mes années de dirigeante me l’ont montré : dans les petites et moyennes entreprises, il est très fréquent de décider d’une embauche trop tard. On s’aperçoit après coup que les besoins ont évolué. Et lorsque le recrutement se fait, il se fait dans l’urgence.

Mon avis : un dirigeant de PME doit pouvoir prévoir ses besoins en compétences pour les deux ou trois années à venir. Il s’appuie pour cela sur la conjoncture, et sur ses ressources internes : les compétences qui vont évoluer, la mobilité possible au sein de son entreprise. La note de conjoncture sert le premier de ces deux appuis. Elle est gratuite, et publiée chaque trimestre pour votre région.

En bref. Une note de conjoncture décrit l’état de l’économie à court terme : l’emploi, le chômage, l’activité des entreprises, les prévisions. L’INSEE en publie une pour la France plusieurs fois par an, et une pour chaque région chaque trimestre ; la Banque de France interroge les chefs d’entreprise chaque mois. Avant de recruter, trois indicateurs comptent : le climat des affaires, le chômage de votre zone et les difficultés de recrutement dans votre métier. En Occitanie, le chômage atteint 9,7 % au deuxième trimestre 2026 selon l’INSEE, et France Travail compte 40,7 % de projets de recrutement jugés difficiles en 2026, contre 47,1 % en 2025. La note aide à anticiper, en complément de votre carnet de commandes.

Pourquoi on recrute trop tard

Le coût d’une embauche est certain et immédiat : un salaire, des charges, du temps pour former. Le gain est incertain et lointain : des commandes qu’on pourra peut-être honorer, une croissance qui viendra peut-être. Entre les deux, le dirigeant attend.

Daniel Kahneman et Amos Tversky ont donné une explication à cette prudence dans un article célèbre, la « théorie des perspectives » (Econometrica, 1979). Pour la plupart d’entre nous, une perte pèse plus lourd qu’un gain du même montant. Appliqué à l’embauche : la peur de payer un salaire pour rien pèse plus que le chiffre d’affaires perdu faute de bras. On attend d’être sûr. Et quand on est sûr, il est déjà tard.

L’économiste John Maynard Keynes voyait les choses sous un autre angle en 1936, dans sa Théorie générale (chapitre 12). Selon lui, la plupart de nos décisions d’agir ne sortent pas d’un calcul de probabilités : elles tiennent à des « esprits animaux » (animal spirits), une envie spontanée d’agir plutôt que de ne rien faire. L’humeur du dirigeant pèse souvent sur le moment choisi.

Le résultat se voit sur le terrain. Le recrutement arrive au moment où l’équipe est déjà débordée. On prend le premier candidat disponible. On le forme pendant le coup de feu, avec un tuteur qui n’a plus une minute. La note de conjoncture confronte la peur et l’humeur à des chiffres, quelques mois plus tôt.

Ce qu’est une note de conjoncture

L’INSEE présente sa note de conjoncture comme un outil pour « suivre la situation et les perspectives à court terme de l’économie française ». Elle rassemble les dernières données connues (la production, l’emploi, les prix, la consommation) et une prévision pour les mois suivants.

La dernière, parue le 10 septembre 2026 sous le titre « Vigilance orange sur la croissance », prévoit une croissance de 0,4 % pour la France en 2026. Elle donne aussi, honnêtement, la marge d’erreur de l’exercice : en moyenne, les prévisions de croissance trimestrielle de l’INSEE se trompent de 0,2 point, sans biais à la hausse ni à la baisse. Une note de conjoncture est une carte routière, avec la météo des jours à venir.

Pour un dirigeant de TPE, la note nationale donne le décor. La note régionale, et les enquêtes par secteur, disent ce qui se passe près de chez lui.

Pour la lire vite, commencez par la synthèse de la première page. Cherchez ensuite votre département et votre secteur. Puis comparez avec la note du trimestre précédent : la tendance sur plusieurs trimestres dit plus qu’un chiffre isolé.

Conjoncture économique : où trouver les chiffres de votre région

Tout est en accès libre. Voici les publications utiles pour une entreprise d’Occitanie (chaque région a les siennes, sur les mêmes sites).

PublicationOrganismeRythmeCe qu’on y lit
Note de conjonctureINSEEPlusieurs fois par anCroissance, emploi, prix, prévisions pour la France
Insee Conjoncture OccitanieINSEEChaque trimestreEmploi salarié, chômage, intérim, tourisme, par département
Note de conjoncture OccitanieDREETS (services régionaux de l’État pour l’emploi)Chaque trimestreCréations et défaillances d’entreprises, demandeurs d’emploi, apprentissage, chômage partiel
Climat des affairesINSEEChaque moisL’opinion des chefs d’entreprise, secteur par secteur
Tendances régionalesBanque de FranceChaque moisActivité et effectifs dans la région, par grand secteur
Besoins en main-d’œuvreFrance TravailChaque annéeProjets de recrutement par métier et par bassin d’emploi, part jugée difficile
Baromètres de conjonctureChambres de commerce et d’industrieVariableL’opinion des chefs d’entreprise du département

Deux pièges de lecture. Les chiffres sont souvent « corrigés des variations saisonnières » : l’INSEE retire l’effet du calendrier et des saisons, pour comparer un trimestre au précédent sans que l’été fausse tout. Et un « glissement annuel » compare un trimestre au même trimestre de l’année précédente (définition de l’INSEE). Ne mélangez pas les deux quand vous comparez des chiffres.

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Trois indicateurs à lire avant de recruter

Le climat des affaires

Chaque mois, l’INSEE interroge les chefs d’entreprise sur leur activité passée et à venir. Il en tire un indicateur, le climat des affaires, calculé pour avoir une moyenne de 100 sur longue période. Plus il est élevé, plus les dirigeants jugent la conjoncture favorable (note méthodologique de l’INSEE, juillet 2026).

En septembre 2026, il se replie à 96, deux points de moins qu’en août, sous sa moyenne. Le climat de l’emploi perd un point. Les secteurs ne vont pas tous au même pas : dans le bâtiment, l’opinion des entrepreneurs sur leurs effectifs à venir s’améliore pour le troisième mois de suite, au plus haut depuis avril 2024.

Ces indicateurs reposent sur des « soldes d’opinion ». L’INSEE les définit comme « la différence entre la proportion de répondants ayant exprimé une opinion positive et la proportion de répondants ayant exprimé une opinion négative » (définition). Un solde qui monte signale que les optimistes gagnent du terrain sur les pessimistes, rien de plus.

Le chômage et l’emploi de votre zone

Au deuxième trimestre 2026, selon l’INSEE Occitanie, 9,7 % de la population active de la région est au chômage, 0,2 point de plus qu’au trimestre précédent. La Haute-Garonne est le seul département de la région où l’emploi salarié progresse ce trimestre.

Pour un employeur, un chômage qui monte veut dire, en général, plus de candidats. Pas dans tous les métiers, ni dans tous les départements : regardez le vôtre.

Les difficultés de recrutement dans votre métier

L’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail compte, pour l’Occitanie, 200 470 projets de recrutement en 2026, dont 40,7 % jugés difficiles par les employeurs. En 2025, ils étaient 217 960, et 47,1 % étaient jugés difficiles. Moins de projets, et des recrutements un peu moins durs.

La moyenne cache de grands écarts. Dans la même enquête, 78,7 % des projets de recrutement d’ouvriers de la maintenance générale et mécanique sont jugés difficiles en Occitanie. L’outil en ligne de France Travail filtre par métier et par bassin d’emploi : lisez la ligne de votre métier.

Ce que disent les notes de l’automne 2026

Mis bout à bout, les chiffres de septembre dessinent un décor. Une croissance faible en France. Un climat des affaires sous sa moyenne. Un chômage qui monte en Occitanie. Des défaillances d’entreprises en hausse sur un an dans la région (selon la DREETS Occitanie). Et des recrutements moins difficiles qu’en 2025.

Ce décor pousse à la prudence sur le volume : on ne recrute pas trois personnes sur un pari. Il ouvre aussi une fenêtre, celle de recrutements moins difficiles. Si votre besoin à deux ou trois ans est clair, ce peut être le moment de préparer la suite. Avant d’embaucher, croisez cette lecture avec ce que vous savez de vos clients.

Ce que la note ne dit pas de votre entreprise

La note parle de la région, jamais de votre carnet de commandes. Elle ne connaît ni vos clients, ni vos devis en attente, ni la salariée qui partira à la retraite dans dix-huit mois. Ces informations-là, vous seul les avez.

D’où le second appui : vos ressources internes. Quelles compétences vont évoluer dans votre métier ? Qui, dans l’équipe, pourrait prendre un nouveau poste avec une formation ? Qui veut évoluer ? Une mobilité interne prépare souvent mieux l’avenir qu’un recrutement fait en urgence, et elle libère un poste plus simple à pourvoir.

Le Code du travail fournit l’occasion d’en parler. Dans sa version en vigueur, l’article L6315-1 prévoit un « entretien de parcours professionnel » au cours de la première année qui suit l’embauche, puis tous les quatre ans. Il est consacré notamment « aux compétences du salarié et aux qualifications mobilisées dans son emploi actuel ainsi qu’à leur évolution possible au regard des transformations de l’entreprise », et aux souhaits d’évolution du salarié. Bien mené, cet entretien sert à anticiper.

Les grandes entreprises, elles, sont tenues de négocier sur la gestion des emplois et des parcours professionnels, à partir de trois cents salariés (article L2242-2). Rien de tel n’est imposé à une TPE. Rien ne l’empêche de faire la même chose, à sa taille, sur une page.

Vos besoins à deux ou trois ans, sur une page

Prenez une feuille, ou un tableur, et remplissez une ligne par compétence clef de votre activité. L’exemple ci-dessous est fictif, pour montrer la forme.

CompétenceQui l’a aujourd’huiBesoin dans deux ou trois ansRéponse envisagéeDécision à prendre avant
Chiffrage des devisLa gérante, seuleDeux personnesFormer la technicienne la plus ancienneJanvier 2027
Pose et installationTrois techniciensQuatreRecruter un apprenti à la rentrée 2027Mars 2027
Relation avec les clients professionnelsPersonne en propreUne personne à mi-tempsMobilité interne de l’assistante, avec une formationJuin 2027

Pour chaque ligne, fixez à l’avance le signal qui déclenchera la décision : un niveau de carnet de commandes, un nombre d’heures supplémentaires sur trois mois, un départ annoncé. Le jour où le signal s’allume, vous n’avez plus à décider dans l’urgence. Vous appliquez ce que vous aviez prévu au calme.

Relisez la page chaque trimestre, le jour où paraît la note de conjoncture de votre région. L’INSEE publie son calendrier à l’avance : notez la date.

Si la conjoncture reste incertaine

Entre « tout de suite » et « jamais », il existe des solutions. Les règles du Code du travail citées ci-dessous sont celles en vigueur au 8 octobre 2026.

  • Le contrat à durée déterminée est possible en cas d’« accroissement temporaire de l’activité de l’entreprise » (article L1242-2). Il ne peut pas servir à pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise (article L1242-1). Sauf disposition de branche, il dure au plus dix-huit mois, renouvellements compris (article L1242-8-1)
  • La période d’essai du CDI dure au plus deux mois pour les ouvriers et employés, trois pour les agents de maîtrise et techniciens, quatre pour les cadres (article L1221-19). Elle ne se renouvelle qu’une fois, et seulement si un accord de branche étendu le prévoit (article L1221-21)
  • L’intérim : la Banque de France note dans son enquête de septembre 2026 « une demande croissante d’entreprises qui ne souhaitent pas s’engager sur des recrutements à durée indéterminée »

Ces solutions ont un prix. Un contrat court attire moins les meilleurs candidats, et un salarié qui ignore s’il restera s’investit moins. Pour un besoin que votre page à deux ou trois ans confirme, le contrat durable reste le plus solide.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une note de conjoncture ?

Une publication qui fait le point sur la situation économique à court terme (production, emploi, prix) et donne une prévision pour les mois suivants. En France, l’INSEE publie la note nationale plusieurs fois par an. Chaque région a aussi sa note trimestrielle, publiée par l’INSEE et par les services régionaux de l’État.

Où trouver la conjoncture de sa région ?

Sur le site de l’INSEE (collection Insee Conjoncture, région par région), sur celui de la DREETS de votre région, et dans les Tendances régionales de la Banque de France, chaque mois. L’enquête Besoins en main-d’œuvre de France Travail détaille les projets de recrutement par métier et par bassin d’emploi.

Qu’est-ce qu’un solde d’opinion ?

La différence entre la part des chefs d’entreprise qui répondent positivement à une question et la part de ceux qui répondent négativement. Il mesure un sentiment, pas un nombre d’embauches.

Quand embaucher son premier salarié ?

Aucune règle chiffrée ne le fixe. Les signaux utiles sont dans l’entreprise : un carnet de commandes plein depuis plusieurs mois, des heures supplémentaires qui s’installent, des clients qu’on refuse faute de temps. La conjoncture de votre région dit ensuite si le moment est favorable pour trouver la bonne personne.

Ce trimestre, une demi-heure

  1. Lisez la dernière note de conjoncture de votre région, et la ligne de votre métier dans l’enquête Besoins en main-d’œuvre
  2. Remplissez votre page à deux ou trois ans, une ligne par compétence clef
  3. Notez pour chaque ligne le signal qui déclenchera la décision
  4. Inscrivez dans votre agenda la date de la prochaine note régionale

Lire des chiffres pour décider s’apprend. C’est le sujet de notre famille Data et pilotage, dont la formation Décider grâce à la donnée est en préparation. Si vous voulez qu’elle parte de vos propres tableaux, prenons rendez-vous.

Sources

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